Internet ? C'est la meilleure et la pire des choses

Interview de Joël de Rosnay par Sciences-Ouest sur les enjeux sociaux, culturels et politiques de l'Internet et des nouveaux outils de communication - 14 janvier 1997

Invité par L'Espace des sciences-CCSTI le temps d'une conférence au Triangle, le 14 janvier dernier, Joël de Rosnay, directeur de la stratégie à la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette, a montré qu'Internet et les nouveaux outils de communication pouvaient apporter connaissances, rêves et travail... à des publics très divers. Le même jour, il répondait à Sciences-Ouest sur les enjeux sociaux, culturels et politiques de ces nouveaux outils.
    
Sciences-Ouest : Les progrès réalisés dernièrement dans les domaines de la communication et de l'information sont-ils susceptibles de contribuer à la résolution de certains problèmes actuels, comme le chômage, l'exclusion, la xénophobie...

Joël de Rosnay : Les nouvelles technologies en elles-mêmes ne peuvent être des solutions aux problèmes de société. Comme cela a été le cas pour l'imprimerie, le téléphone, la télévision, l'automobile... ces technologies n'auront un impact social qu'en fonction de ce que les hommes (politiques, industriels et usagers) en feront.

La société informationnelle ne peut pas résoudre les grands problèmes sociaux actuels, d'un seul coup de baguette magique, mais elle permet de les poser différemment et de réunir des hommes par des informations, de leur donner le sentiment d'appartenir à des communautés et d'être utiles... Si nous parvenons, par la pédagogie de ces réseaux, à aider les hommes à donner du sens à leur vie, alors nous pouvons en partie contribuer à évoluer vers des solutions permettant de traiter ces problèmes de racisme, d'exclusion, de chômage... Les réseaux interactifs multimédia sont ce que nous en faisons : à nous de les charger d'émotion, de convivialité, de sensibilité, bref de tout ce qui fait la richesse humaine, pour en faire un complément des autres moyens de communication (lettre, téléphone, télévision...) et non pas un concurrent. Encore une fois ces outils sont neutres, c'est la manière dont nous les utilisons qui peut être bénéfique ou nocive.

Sciences-Ouest : Qui se cache dernière ce "nous" si puissant, capable de transformer un outil en arme contre la société ?

Joël de Rosnay : Il y a deux solutions à ce "nous" : si ce n'est pas "n'importe qui", c'est "quelques-uns". J'ai beaucoup moins peur de "n'importe qui" que de ces "quelques-uns" : ces derniers sont les élites soit politiques, soit scientifiques, soit industrielles, qui s'approprient ces outils et nous forcent à les utiliser. Je suis un démocrate convaincu, qui pense que les solutions ne peuvent venir que de l'intelligence collective, celle qui naîtra du travail en réseau des hommes, du bas vers le haut de la pyramide et pas seulement du haut vers le bas, c'est-à-dire des gouvernants vers nous, les usagers. Les deux mouvements sont nécessaires, c'est de leur complémentarité que naîtra la solution des problèmes sociaux qui nous préoccupent aujourd'hui.

Sciences-Ouest : Comment éviter cette appropriation par "quelques-uns" ?

Joël de Rosnay : La solution consiste à ouvrir au plus grand nombre l'accès à ces nouveaux réseaux, et surtout à faire preuve de beaucoup de pédagogie pour apprendre à chacun à se servir au mieux de ces outils, sans ignorer leurs risques et dangers. C'est une mission fondamentale de la culture scientifique aujourd'hui : à Paris, la Cité des sciences prépare "Cité cœur de réseau" ; ici, L'Espace des sciences présente "Les autoroutes de l'information"... Je suis heureux de participer à cette mission en venant à Rennes soutenir L'Espace des sciences, rencontrer son public et présenter une conférence pour expliquer les enjeux de la société informationnelle.

Sciences-Ouest  : Quels sont les freins actuels au développement de cette société informationnelle ?

Joël de Rosnay : Ces freins sont essentiellement de nature psychologique et sociologique : les technologies sont maintenant assez largement répandues, les financements sont disponibles, les savoir-faire et les compétences existent. Ce qui freine le plus, c'est la crainte et la peur du passage d'une société verticalisée, pyramidale, hiérarchique, à laquelle nous sommes habitués, celle de l'entreprise, de l'État, celle des structures familiales, syndicales ou religieuses, vers une société en réseau, qui renvoit la responsabilité à chaque nœud du réseau : vous et moi, l'usager, la personne... Cette crainte est partout ! Elle émane du haut de la pyramide, des élites qui résistent, car cela représente pour eux une perte de pouvoir, mais c'est aussi une crainte de chacun d'entre nous, celle des générations plus âgées comme celle des générations montantes. D'où encore une fois l'importance de la culture scientifique et technique, nécessaire pour comprendre les enjeux des réseaux interactifs multimédia, pour apprendre à utiliser ces nouveaux outils et à en tirer un bénéfice, non seulement pour soi mais aussi pour l'organisation à laquelle on appartient.

 

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