Les origines du Surf en France

Les vidéos et photos originales des débuts du surf en France avec les pionniers appelés "tontons surfeurs", les premières planches et les premiers championnats (1957-1964).

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Regards dans le retro sur le surf à Biarritz


Interview de Joël de Rosnay par la Surfrider Foundation sur l’apparition du surf à Biarritz, sur sa vision de la glisse, sur le surf et ses valeurs - 3 septembre 2014


ChronoSurf

  La première décennie (1956 – 1965)

 

Par Antony « Yep » Colas
auteur de "The World Stormrider Guide" 

 


Malgré les rumeurs d’un certain Jan Willem Coenraads Nederven ayant surfé aux Pays Bas dans les années 30 et la tentative de Pedro Martins de Lima en 1953 sur la plage de Caparica au Portugal qui se solda par une jambe cassée, il est communément accepté que le berceau du surf en Europe se trouve à Biarritz. Si septembre 1956 est la date des premiers débuts de Viertel et Hennebutte, on a tendance à considérer 1957 comme l’année de référence où un bouillonnement de groupe lança le surf sur la voie de la postérité.


Si l’on entend souvent parler des Tontons Surfers, c’est plus souvent pour évoquer les années 60 que réellement les premières années où le surf balbutia à l’écart des grands courants californiens et australiens, forçant une poignée d’amoureux de l’océan à rivaliser d’ingéniosité et de courage pour compenser un certain manque physique (par rapport aux athlètes des plages anglo-saxonnes) lié à des activités professionnelles non-sportives et à des âges déjà avancés (sauf pour Joël de Rosnay). C’est d’ailleurs par les albums de Joël de Rosnay, méticuleusement étiquetés et illustrés, récemment scannés, que s’ouvre encore le pan le plus passionnant de l’histoire du surf en France.

 

Avant 1956 : On jouait déjà dans les vagues


Avant qu’une planche de surf ne débarque à Biarritz, on avait déjà compris que les vagues pouvaient être utiles et agréables. Parce que Biarritz était un village de pêcheurs, notamment avec la pêche à la Baleine jusqu’au XVIème siècle, on y voyait des barques (et les traînières) utiliser la mousse pour rentrer au bord. Ensuite, parce que Biarritz a été à la mode des Bains de Mer dès le XIXème, les baigneurs se sont rapidement rendus compte du côté ludique de la nage dans les vagues, qu’on appelle le bodysurf. Puis, certains nageurs se sont construits un « planky », une planchette ( 90 cm x 40 cm)  recourbée sur le nose,  pour améliorer leur glisse sur la vague. A cette époque, le spot de prédilection du planky est le Miramar. 

 

La tentative la plus proche du surf, avant la date officielle, émane de Jacky Rott en 1952, fabricant des plankys distribués dans les bazars de plage. Après avoir vu un documentaire sur Pearl Harbor en 1952, Jacky vit quelques secondes de surf à Hawaii et essaya de construire une planche et de la tester dans les vagues à Anglet et à Ilbarritz. Malheureusement, ne pouvant pas imaginer qu’il y avait un aileron en dessous et qu‘il fallait de la paraffine pour ne pas glisser, il fit une sorte de « planky long », parfaitement lisse. Impossible de maîtriser l’engin dans les vagues et encore moins de se mettre debout, la planche assomma un de ses acolytes et se fendit à force de heurter les rochers. Vers les années 1935, les frères De Uresti auraient fait venir une planche de Californie mais rien n’a permis de confirmer cette information.

 

1956 : Les surfers se lèvent aussi.


C’est à l’occasion du tournage du film «  Le Soleil se lève aussi » tirée du roman d’Hemingway, que les Californiens Peter Viertel et Dick Zanuck, fils du célèbre metteur en scène Darryl, viennent à Biarritz. Dick étant surfer, fait venir à l’insu de Peter, une planche de surf rayée avec un nose noir, qui est importée de Californie dans les caisses qui acheminent les caméras. Quand la planche arrive, Dick est reparti en Californie et les douanes françaises réclament 170% de taxe. Peter ruse avec la frontière espagnole pour éviter cette taxe puis se met à l’eau, devant Hemingway en personne, avec cette planche introduite « en fraude » sans paraffine et sans savoir comment s’en servir. C’est dans les rochers que la planche finit inexorablement sa course sans avoir été surfée. C’est à Georges Hennebutte que Peter Viertel a confié la réparation et le lendemain, Hennebutte, 47 ans et Viertel, 37 ans, surfent leur premières vagues à la Côte des Basques. Dans le même temps, Hennebutte, le Géotrouvetou local, essaye de mettre au point une planche gonflable, des boudins style Zodiac de part et d’autre d’une structure rigide. Peut-être faudrait-il rappeler qu’Hennebutte essaya de mettre au point en 1925 une planche en liège aggloméré, qui se brisa en deux sous le poids de son utilisateur.

 

1957 : Les 4 mousquetaires !


Jacky Rott, revenant de la guerre de Tunisie, prend les cotes ( 3.40m x 65 cm  x 7 cm) de la planche de Viertel et en fait deux répliques en balsa. Avant la stratification, elles pèsent 15 kgs. et 25 kgs après !  Au printemps, sans combinaison, Jacky l’essaye à l’épi nord d’Hossegor et prend une vague qui déroule, c’est l’extase ! En juin, Peter Viertel revient, fort de quelques sessions en Californie, avec une 2ème planche et , alors qu’il est parti travailler en Espagne, la confie à Joël de Rosnay, le premier « grommet » de l’ époque, qui à 19 ans, fait rapidement des progrès. A la fin de l’été, la Côte Basque compte désormais 4 surfers assidus : Peter Viertel, Georges Hennebutte, Jacky Rott et Joël de Rosnay.  Joël fait d’autres adeptes, à commencer par Michel Barland, d’ingénieur en contructions mécaniques, qui aura tôt fait d’en prendre les mesures et de mettre au point du « bidet flottant », avec laquelle seul Henry Etcheparre prend une vague debout à la Bougie, à Socoa. C’est le 11 Septembre 1957 que le Journal de Biarritz publie le premier article de  presse sur le surf.

 

1958 : La première vague australienne


Peter Viertel fait venir 3 planches Hobie en Balsa depuis la Californie. Le parc de planches augmentant, le nombre de surfers peut évoluer. Les jeunes qui s’amusent à récupérer les planches perdues ont le droit de faire une tentative, c’est comme ça qu’on commence le surf. Ainsi naît la première génération de ce qu’on appellera plus tard les Tontons Surfers : André Plumcoq, Robert Bergeruc, Pierre Laharrague, Joseph et Jo Moraïz et Bruno Reinhardt. Jacky Rott lance Neptune, la première marque de planches en France. Il construit une sorte d’aile d’avion, des planches creuses en contre-plaqué recouvert de vernis plasticoque. Après la gaze anti-dérapante qui arrache le ventre, le liège qui boit l’eau, c’est finalement la paraffine qui devient le produit idéal pour ne pas glisser sur le dessus de la planche. Puis, Barland et Rott s’associent pour fabriquer les premiers modèles français « de série » en plastique. Quant à Bruno Reinhardt, il fabriqua lui aussi une planche en bois verni, qu’il surfa le temps d’une vague avant de la casser en deux. C’est en septembre qu’une équipe de Lifesavers australiens vient à Biarritz pour des démonstrations de sauvetage. L’équipe est venue sans planches et la houle est inexistante pendant la durée de leur séjour sauf le dernier jour où les Australiens, comme Mike Hall, montrent ce qu’ils savent faire : départ dérive en avant, monter à deux sur une planche, virages…Les locaux découvrent que le surf ne se résume pas à faire que de la longueur de vague.

 

1959 : Le premier surf-club, le Waikiki


C’est grâce au milliardaire Péruvien Carlos Dogny, président fondateur au Waikiki Surf Club de Lima au Pérou que naît le 16 Septembre le premier surfclub en France du même nom. Les membres fondateurs sont : Carlos Dogny, Peter Viertel, Jacques Rott, Georges Hennebutte, Joël de Rosnay et Michel Barland. Les membres du club sont : André Plumcocq, Robert Bergeruc, Pierre Laharague, Joseph et Jo Moraiz, Paul Pondepeyre, Henri Etchepare et Claude Durcudoy. Le Waikiki s’installe dans les établissements des Bains de la Côte des Basques, équipé d’un râtelier d’une trentaine de planches. C’est à cette époque d’Hennebutte met au point la « chevillère », appelée ensuite « fil à la patte » que seul son neveu, Claude Durcudoy, finit par adopter. C’est dix ans plus tard que l’américain Clark brevète le modèle du « leash » Le duo Barland / Rott produit les premières planches en mousse polyuréthane avec polyester et fibre de verre. Beaucoup d’essais infructueux marquent l’ utilisation de cette mousse achetée chez Rhône Poulenc.

 

1960 : l’année des premières compétitions


C’est le 24 Juillet qu’a lieu à la Grande Plage la première compétition internationale devant plusieurs milliers de spectateurs. Puis, le 11 septembre ont lieu les premiers Championnats de France. 1er : Joël de Rosnay. 2ème: Michel Barland. 3ème : André Plumcoq. Le jury est composé de Dedieu, Hiriart, Giese et Viertel. Si les compétitions s’organisent avec des relais, des courses de rame, la technique de surf reste simple, bien à l’écart de ce qui passe en Californie.

 

1961 : Rott et Moraiz au Pérou


En février 1961 a lieu une compétition internationale à Lima au Pérou et c’est Jacky Rott et Jo Moraiz qui sont conviés par Carlos Dogny et sa joyeuse équipe de milliardaires. Le tournoi est remporté par le Péruvien Hector Velarde et la remise des prix se fait en présence du chef d’Etat. En septembre ont lieu à Biarritz les premiers Championnats d’Europe. 1er : Jacques Rott. 2ème : Pierre Laharague. 3ème : André Plumcocq. 4ème : Joël de Rosnay. 5ème : Michel Barland. 

 

1962 : la France dans Surfer Magazine


Suite à une correspondance entre Joël de Rosnay et John Severson, créateur de Surfer et futur père de Jenna (De Rosnay), le premier article sur les vagues en France paraît dans le premier magazine de surf créé en Californie en 1960 avec des photos de Jacky Rott, Philippe Gérard et Eddie Ladd. Ce qui explique la venue de nombreux Californiens dès les années 60. A l’occasion d’un voyage en famille à l’île Maurice dont ils sont originaires, Arnaud et Joël de Rosnay découvrent Tamarin Bay en août. Ont lieu aussi les championnats d’Europe remportés par Michel Barland et les Internationaux d’Europe remportés par Michael Hickey d’Australie. En septembre, un groupe de surfers de Jersey où le surf a démarré récemment, vient sur la Côte Basque.

 

1963 : La Barre devient Ze Spot


A l’embouchure de l’ Adour, là où on extrait du sable d’une gravière déferle une vague idéale, surtout pour les planches de l’époque. Un pointbreak creux et puissant qu’on contourne aisément par le chenal de l’Adour. C’est là qu’ont lieu le 28 septembre des Championnats Internationaux remportés par l’Australien Peter Troy, devant l’Hawaien Jan Lee et les Australiens Bob Keenan et Mickael Hickey. Les champions de l’époque ne venaient pas seulement le temps de l’épreuve, ils venaient en France plusieurs semaines, voire plusieurs mois, permettant aux locaux de prendre exemple. Les surfclubs se multiplient notamment avec la création de celui de la Chambre d’Amour inaugurée par Deborah Kerr et le Dr Lacroix, maire d’Anglet. Il existe alors 4 clubs avec l’USB, le Kostakoak de Bidart et le Waikiki. C’est alors que naît la Fédération Française de Surf Riding sous l’impulsion de Joël de Rosnay. Le surf continue sa percée dans les médias avec 2 émissions de télé, de multiples sujets dans la presse grand public et une chanson de Franck Alamo où le surf devient une danse.

 

1964 : La guerre des fédérations


Le Surf Club de la Chambre d’Amour devient le Surf Club de France qui rivalise avec le Waikiki de la Côte des Basques. A chaque spot son club : à la Grande Plage naît le Biarritz Surf Club. Le 20 août a lieu la réunification des clubs sous la présidence de Guy Petit, maire de Biarritz. La veille avait eu lieu à 20h30 sur la seule chaîne de télévision « les Coulisses de l’exploit », un reportage dédié au surfing. Le Surf Club de France a fait sa première acquisition d’un surfmobile pour transporter les groupes de surfers vers les différents spots : ce sera un Peugeot, puis un bus Volkswagen avant l’estafette des Paris-Biarritz. Un wagon d’américains débarque ce mois-là pour les European Surfing Holiday Championships remportés par Don Southern, devant Bruce Woods, Steve Perrin et Jim Fitzpatrick. Un traffic s’organise autour des planches américaines car il y a une grosse pénurie de planches malgré les efforts de Barland / Rott . C’est aussi l’occasion d’acquérir toutes les nouveautés qui viennent d’outre-atlantique : tee-shirts, bermudas, frisbee, disco (skimboard rond)… La Coupe Patou, sponsorisée par le célèbre parfumeur, est remportée par Eddy Ladd devant Jean-Marie Lartigau et Yves Dumon. Quant aux championnats de France, ça se passe toujours à la Barre et c’est Philippe Gérard qui grimpe sur la plus haute marche. Le 2ème est Joël de Rosnay, le 3ème, Eddy Ladd. C’est cette année-là qu’ont lieu les premiers championnats du monde à Manly à Sydney. Devant des dizaines de milliers de spectateurs, Midget Farrelly devient le premier champion du monde devant Mike Doyle et Joey Cabell. Joël de Rosnay fait le voyage et en ramène le premier skateboard que lui a offert Phil Edwards. 

 

1965 : Surfshop et école de surf


Pour les 2ème championnats du monde au Pérou en février, c’est Philippe Gérard et Joël de Rosnay qui représentent la France. Un premier magazine de surf est lancée avec Surf Atlantique. Un nouvel article paraît sur Surfer Magazine : « The fabulous french Surf ». Suite à l’initiative de Jo Moraiz d’importer des produits californiens et anglais et de les distribuer naît un premier surfshop sur la place Ste-Eugénie, idéale pour tester les skateboards, ainsi que la première école de surf . Il est le premier à croire commercialement au surf business et à tout investir pour le surf. Chez les juniors, les frères Lartigau et Caulonque assurent le spectacle.

 

Sources : 
- Chronosurf. Joël de Rosnay
- Jacky Rott. Surfer’s Journal n°14
- Les vrais débuts du surf en France. Surfer’s Journal n°12
- Jo Raconte. Surfer’s Journal n°4
- Les Joyeuses French 60’s. Surfer’s Journal 28

 

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Joël de Rosnay, créateur en 1964 du Surf Club de France, soutient la Surfrider Foundation en lui reversant l'intégralité de ses bénéfices sur la vente des t-shirts Surf Club de France
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