Une cyber-visite dans le musée du futur

Intervention de Joël de Rosnay lors des Rencontres Nationales Culture & Innovation(s) - 13 février 2013

Nous sommes le 1er février 2028, Alex, Natacha, Sophia 14 ans et Max 12 ans se préparent à visiter la Cité des Sciences qui s’appelle la Cité des sens.

 

Grâce à des écrans Holographiques en 3D et aux VTHB (vraiment très haut débit) ils peuvent aussi visiter certaines expositions du Palais de la découverte et participer à des débats.

Leur voiture autoguidée se dirige seule vers le parking où une place leur a été attribuée.

Sophia et Max comme tous les jeunes de leur âge sont des MHBG (mutants hybrides bio numériques géolocalisés).

 

1 - A l’accueil la famille s’équipe de 3 outils essentiels pour leur cybervisite : D’abord leur infomobile (qu’on appelait jadis un Smartphone), soit celui qu’ils ont emporté avec eux, soit le navigateur mis à leur disposition à l’accueil. Grâce à ce navigateur ou à l’infomobile ils sont géolocalisés à 10 cm près y compris dans les niveaux bas.

Ensuite il porte un badge actif autour du cou. Ce badge émet dans un rayon d’une centaine de mètres des informations qu’ils ont choisi de diffuser (nom ou pseudo, affinités, goûts ou tout autre information destinée à favoriser les contacts).

Enfin ils s’équipent de lunettes-écran munies d’écouteurs sans fil leur permettant de visualiser des petits écrans couleurs devant leurs yeux quand ils le souhaitent et selon leur progression. Pour ces différents outils ils ont évidemment téléchargé les Apps correspondantes de la Cité des Sens.

 

En 20 ans ce que l’on appelait le portable est devenu l e « mettable » et évolue vers ce que l’on appelle aujourd’hui « l’intégrable » qui permet avec le vêtement communiquant, le casque ou les lunettes de s’intégrer en continu à la Cité Numérique.

 

2 - Lorsque la famille arrive devant une exposition qu’ils aimeraient visiter, chaque membre est reconnu grâce à son badge actif et des parcours individualisés leurs sont proposés.

Ils peuvent aussi assister à des conférences débats ou comme le souhaite Alex aller directement au cinéma holographique en 3D pour visualiser un voyage à l’intérieur du corps humain.

 

3 - Sur les lunettes s’affichent des informations et des plans facilitant le guidage et l’orientation.

Par exemple Natacha cherche le livre de Stephen Hawking sur l’univers. Elle est guidée par son casque et ses informations audio vers l’endroit exact où se trouve le livre qui bipe sur son passage pour lui signaler sa proximité.

 

4 - De retour dans les couloirs de la Cité Alex et Natacha regardent avec attention la signalétique en temps réel qui décrit les flux et les files d’attente de manière à indiquer les places libres dans les lieux de spectacle ou pour les démonstrations des animateurs.

 

5 - Malgré toute cette technologie et la présence du numérique le contact humain est très fort. Il est possible de créer des groupes d’affinité par pays représentés par ville et par tranche d’âge, …etc. On peut créer des smart Mobs ou des Flash Mobs composés de jeunes et de séniors. La traduction automatique est omniprésente. Sophia a engagé une conversation avec un jeune japonais avec qui elle parle en français. Il attend grâce à son Tradomat en Japonais, lui répond dans sa langue et Sophia équipée de son navigateur reçoit la traduction française dans ses écouteurs.

On est passé de la société de l’information à la société de la recommandation. Des groupes s’informent mutuellement en pratiquant la coéducation. Certaines personnes ayant déjà visité la Cité deviennent des guides spontanés.

 

6 - L’ensemble des textes des panneaux de signalisation ou les expositions sont présentés dans toutes les principales langues du monde et s’affichent dans la langue de son choix par un simple geste de la main comme le défilement sur l’écran tactile d’une tablette. Sur le plan pratique Alex et sa famille, ont accès à de nombreux FabLab utilisant de nombreuses imprimantes 3D qui permettent la fabrication d’objets personnalisés.

Sophia a d’ailleurs produit la mascotte de la Cité à laquelle elle a ajouté son visage après l’avoir scanné en 3D avec son infomobile. Natacha a fait un cadeau à Alex : une chope de bière avec son profil se dessinant sur le côté.

Max et Sophia se dirigent vers le Learning center ou se déroulent des Mooc (massive on line open courses) venant des plus grandes universités du monde entier y compris de la Cité des Sens et de la Découverte et participent également à des MMOG (massive multi user onlines games) des jeux sérieux sur l’écologie, l’économie ou la biologie.

Ils participent également à des plateformes de création collective pour produire des jeux vidéo pédagogiques. Plusieurs géodes, y compris la grande géode traditionnelle projettent sur leur voute les écrans interactifs permettant de jouer en groupe des jeux vidéo (Serious game) au plan international.

Devant cette profusion d’offres du FabLab, des cours en passant par les jeux vidéo, Max et Sophia utilisent des agents intelligents avec lesquels ils communiquent pour sélectionner les services qui les intéressent le plus. Ces agents se présentent sous la forme de hologrammes comme Obi-Wan Kenobi de la guerre des étoiles et peuvent prendre la forme de petits animaux de compagnie parlant, choisis par les utilisateurs.

 

7 - La documentation qui est fournie aux visiteurs se trouve sous la forme de tablettes à écran souple comme des feuilles de papier, utilisant la couleur à partir de OLED (Organic light-emitting diode). Natacha regarde sur ses lunettes la Web TV de la Cité des Sens qui affiche des actualités en temps réel et propose des programmes. Elle peut aussi dialoguer avec des scientifiques qui font visiter des laboratoires distants et réalisent des expériences sous ses yeux. Chaque membre de la famille se voit remettre un FlashBook, livre augmenté, imprimé et numérique permettant de visualiser des vidéos illustrant certaines pages.

 

8 - Dans les expositions l’interactivité ne se fait plus à l’aide de boutons, de claviers, de souris ou même d’écrans tactiles, mais grâce à des IGM (Interfaces Gestuelles Mettables). On communique par gestes reconnus par des capteurs comme le faisait jadis, Tom Cruise, dans un vieux film, « Minority Report ». Les capteurs et les détecteurs se trouvent dans les vêtements ou les boitiers placés devant eux sur les éléments d’exposition. Dans certaines applications il est possible de cliquer en clignant des yeux. Alex se souvient que Jadis en 2010 le MIT avait proposé « Sixth Sense » et qu’il existait aussi un système appelé « Leap motion ». Ces interfaces gestuelles sont maintenant largement répandues.

 

9 - La Cité des Sens est vraiment une « Eco Cité ». La gestion énergétique est organisée en partenariat avec les visiteurs grâce à leur infomobile et à leur navigateur.

Le bâtiment est à énergie positive. Il produit plus d’énergie qu’il en consomme. Grâce à 50 mille m2 de panneaux solaires sur le toit et dans le parc. Des panneaux à hauts rendements 54%. Fonctionnant même par temps gris grâce aux nanotechnologies.

Interviennent également dans le mix énergétique de la cité, la géothermie, un parc d’éoliennes urbaines à haut rendement, l’utilisation de matériaux isolants qui transforment la Cité en une sorte de bouteille thermos évitant la fuite de chaleur ou l’entrée du froid.

La nourriture proposée dans les restaurants est équilibrée. Natacha aime tout particulièrement l’usage du « plateau intelligent ». Chaque fois qu’elle pose une assiette sur le plateau. Celle ci et ce qu’elle contient est reconnue par un tag placé sous l’assiette et qui permet au plateau de communiquer avec son infomobile lui donnant le nombres de calories ou la composition en vitamines et en nutriments du plat choisi. Alex se dirige vers la boutique ou il utilise un dialogue gestuel pour communiquer avec les jouets et achète différents produits en payant sans contact grâce à la technique « NFC » (Near Field communication).

L’art, l’émotion, l’expérience partagée fait partie de la Cité des Sens.

Dans la 4ème travée des salles de cinéma créées en 2013 ont cédé la place à la Cité des Sports ou l’on peut autant pratiquer le ski sur de la neige artificielle, le surf dans des piscines à vagues ou le roller ; la Cité des médias où sont représentées toutes les grandes chaînes et médias du monde et l’éco parc, un écosystème naturel avec une jungle, des cascades, des rivières et des animaux vivants.

 

10 - De nombreux robots humanoïdes sillonnent la Cité pour assurer la sécurité, donner des conseils ou assister les personnes âgées. Des personnes handicapées, malvoyantes, malentendantes ou à mobilité réduite sont reconnues par leur badge actif. Les petits Karts électriques peuvent s’approcher d’eux et les conduire à l’endroit souhaité car chaque personne est géolocalisée par son navigateur et indique simplement à la voix l’exposition de son choix. Dans les expos que les malvoyants visitent, ils entendent un commentaire personnalisé au fur et à mesure de leur déplacement dans l’exposition. Les malentendants voient sur les lunettes communicantes des animateurs exécuter le langage des signes. La cité est pleine de bénévoles : étudiants, retraités dont les badges actifs émettent les profils d’intérêt et les compétences. La coéducation intergénérationnelle se réalise partout. Max et Sophia sont devenus profs d’un couple de 92 et 94 ans.

 

11 - De nombreux autres Cités sont partenaires en temps réel ce qui permet des visites d’usines, d’atelier, de laboratoires. Max se passionne pour les Webcams montrant en direct des éruptions volcaniques avec explications géologiques et dialogues d’expert, des feux de forêts, la fonte des glaces…etc

 

12 - A la fin de leur visite la famille se rassemble avec les amis qu’ils ont trouvé ou retrouvés grâce la géolocalisation et au badge actif. Alex appelle grâce à son navigateur sa voiture hybride électrique à hydrogène transconnectée au réseau numérique et routier. Cette dernière sort automatiquement du parking et se dirige automatiquement à l’extérieur versune place de stationnement temporairement attribuée. Une fois que la famille installée la voiture prend la direction du périphérique ou les voitures se suivent en pelotons serrés respectant une distance de sécurité. Alex et Natacha retournent leurs sièges vers Max et Sophia et partagent leurs enregistrements audio et vidéo de leur visite enregistrés automatiquement grâce à leur infomobile et à leur navigateur.

Ils pourront une fois chez eux poursuivre leur visite et reprendre contact avec des « Sachants », des bénévoles qui les ont souvent accompagnés durant cette journée.

On rentre ainsi dans des sociétés de la connaissance partagée dans lesquels les lieux physiques sont complémentaires des lieux virtuels. Le contact humain est ainsi amplifié et l’efficacité accrue.

Dans la civilisation du numérique il y a la place, à la fois pour les technologies, l’humanisme, l’empathie et le lien social.

 

Joël de Rosnay

Conseiller de la Présidence
Cité des Sciences et de l'Insdustrie – La Villette – Paris – France
Si vous utilisez ce texte, merci de citer la référence d'origine

 

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Joël de Rosnay, créateur en 1964 du Surf Club de France, soutient la Surfrider Foundation en lui reversant l'intégralité de ses bénéfices sur la vente des t-shirts Surf Club de France
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