Programme électoral : “Putting Energy First”

Article de Khalil Elahee, expert en matière énergétique chargé de cours à l’Université de Maurice - 17 octobre 2014

A l’intention des rédacteurs de programmes électoraux, mais plus important à l’attention de la jeunesse mauricienne qui se questionne sur son avenir, osons affirmer que le prochain Gouvernement a tout à gagner en misant sur une politique énergétique cohérente, avant-gardiste et durable.

L’énergie, c’est le moteur de l’économie avec notre facture avoisinant près de 21% de notre total à l’importation contre seulement 10% il y a une décennie. L’énergie, c’est aussi l’environnement avec 200 000 tonnes de cendres provenant du charbon à s’en débarrasser chaque année dans une petite ile, sans mentionner tous les autres méfaits allant du changement climatique aux risques de cancer. L’énergie, c’est aussi notre société qui aspire à une vie plus confortable que ce soit à travers un mode de transport moderne ou l’accès à des technologies plus efficaces.

La conjoncture actuelle nous renvoie à un prix du baril de pétrole relativement moins cher, mais qui demeure très élevé historiquement. Même si le Brent demeure aux environs des $80 durant les prochaines années sous l’effet combiné d’un ralentissement économique mondial, de la fourniture du schiste américain et d’une situation géopolitique calme, à Maurice nous n’avons pas le droit de retarder notre transition énergétique vers plus d’efficacité énergétique et plus d’énergies renouvelables locales, diverses et propres.

Atteindre une croissance économique de 5% comme le souhaite nos décideurs ne requerra pas une croissance de la demande énergétique de 10% à l’instar des pays émergents si nous réussissons notre transition énergétique. Découpler ainsi ces deux indices de croissance, une impérative de notre développement durable, est l’aboutissement d’une stratégie que nous avons déjà adopté avec la mise sur pied de l’Energy Efficiency Management Office (EEMO). Déjà notre intensité énergétique en 2013 était à son plus bas et il faut poursuivre résolument dans cette voie. Concrètement, nous proposons au prochain Gouvernement d’adopter les politiques suivantes :

1. Transformer l’EEMO en un Sustainable Energy Management Office qui sera détaché du Ministère de tutelle et chapeautera aussi la promotion des énergies renouvelables. L’absence d’un organisme qui s’occupe spécifiquement des renouvelables a fait cruellement défaut comme le prouve la gestion du dossier des chauffe-eau solaires. Un Sustainable Energy Act est vital afin de donner une loi-cadre au secteur énergétique durable rendant, par exemple, interdite la construction de toute centrale utilisant du charbon à 100%.

2. Revoir le rôle et la mission du CEB à la lumière du nouveau paysage énergétique. Désormais, il est possible à un individu de produire et de vendre de l’électricité sans passer par le CEB, mais la procédure n’est pas encore établie clairement. Le smart-grid s’imposera tôt ou tard, qu’on le veuille ou non. Il nous faut anticiper cette révolution en modernisant non seulement nos infrastructures, mais aussi en ayant un cadre institutionnel et régulateur simple mais efficace. Revoir les contrats avec les IPPs afin d’encourager les bioénergies, par exemple, est aussi essentiel.

3. Adopter une approche systémique dans le choix des projets de développement. Particulièrement, il faudra identifier les sources d’énergie propre qui nous serviront pour le transport et le métro-léger, la climatisation des bâtiments ou encore le refroidissement comme dans le secteur « sea-food ». Quel est le meilleur mixe énergétique à partir des bioénergies et d’autres énergies vertes, y compris celle de l’océan, mais aussi le Gaz Naturel Liquéfié dans le contexte du potentiel que représente la région ? Comment devra-t-on utiliser nos terres afin d’assurer aussi une certaine autosuffisance alimentaire ou encore promouvoir l’écotourisme? Les teintureries et autres industries qui rapportent peu au pays contre une empreinte énergétique ou écologique lourde doivent-elles exister ? L’idée d’un Grand Ministère qui assure une démarche holistique au niveau de l’Énergie et de l’Environnement et du Développement Durable n’est pas à écarter, incorporant la Commission MID et le Fond MID pour simplifier les structures. Les expériences récentes nous montrent aussi que beaucoup repose sur une vision cohérente et un leadership courageux.

Au-delà de ces trois décisions qui jetteront les bases d’un paysage énergétique nouvel, incluons sept mesures clés qui ne manqueront pas à épicer les programmes électoraux. Toutefois, elles sont toutes d’une certaine pertinence au niveau de la sobriété énergétique à laquelle nos générations futures peuvent aspirer légitimement :

i. Distribution de lampes économiques LED aux familles démunies.

ii. Installation de chauffe-eau solaires et de panneaux photovoltaïques dans toutes les écoles, dispensaires, hôpitaux et centre sociaux.

iii. Subvention aux familles démunies de Rs 10 000 pour le remplacement de vieux réfrigérateurs inefficaces.

iv. Conseil gratuit et encadrement par des professionnels pour encourager les bonnes pratiques au niveau de la construction des maisons ( éclairage, ventilation, eau, potager, compostage, etc).

v. « Duty-free » et pas de « road tax » pour les voitures hybrides.

vi. Introduction de biocarburants au lieu de subventionner les énergies fossiles e.g dans le transport.

vii. Tarif bas d’électricité aux heures creuses (off-peak).

Conclusion

Les mesures proposées apporteront des bénéfices multiples dans la durée et ne requièrent souvent qu’un financement initial minime qui peut se trouver en réorientant les budgets qui subventionnent, directement ou non, des énergies sales et leurs gaspillage. Le Fond MID peut aussi y contribuer, mettant le développement durable à la portée du petit peuple. La démocratisation du secteur énergie passe par une certaine décentralisation faisant des consommateurs aussi des producteurs. 

 

« Putting energy first » reflète une vision multidimensionnelle qui fera de l’Etoile et la Clé de l’océan indien un leader en matière d’énergie durable. Un espoir pour la région qui a tant besoin d’un développement qui est différent de celui du siècle dernier.

Khalil Elahee

M.A. (Cantab.), PhD
Université de Maurice

 

 

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