Maurice : l'île durable. Autonomie énergétique pour 2028

Article publié dans L'express Ile Maurice, 16 novembre 2007

DEVELOPPEMENT DURABLE ET NOUVELLES TECHNOLOGIES


«Nous pouvons être un exemple pour le monde»

 

Réagissant à l’appel du Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, qui désirait le rencontrer pour un échange d’idées, le scientifique mauricien, Joël de Rosnay, a annoncé son intention de mettre à la disposition de Maurice son expérience et ses compétences reconnues.Il vient d’être nommé conseiller spécial du PM. 

 

Maurice a une carte à jouer dans les “éco-techniques”. Il s’agit de développer des sources d’énergies alternatives. Toutes ces énergies dépendent du soleil directement ou indirectement : lumière et chaleur des rayons solaires, vent, eau (cycle de l’eau et vagues), biomasse (les végétaux). Notre pays peut développer toutes ces techniques et devenir un “exemple pour le monde entier”. 

 

«L’ile Maurice est à la croisée des chemins. Il lui faut un grand projet d’avenir capable de mobiliser la population du pays, l’industrie, les pouvoirs publics, les mouvements associatifs, l’université. Ce grand projet doit être lié au développement durable. On sait aujourd’hui, l’impact de cette notion importante pour la survie de la planète sur l’ensemble des populations du monde.» 

 

«Lors de ma rencontre avec le PM, j’ai pu constater à quel point il était concerné et passionné par les problèmes d’environnement liés à l’île Maurice, et son souci de lancer rapidement un grand projet mobilisateur dans ce domaine.»

 

«Il y a plusieurs années, j’avais suggéré de lancer le concept de “Maurice, île numérique” (the Digital Island), avec la création d’une “zone franche numérique” et d’une Cybercité regroupant un parc technologique, des pépinières d’entreprises, ainsi qu’un espace d’exposition ouvert au grand public pour mieux comprendre les enjeux d’internet et des communications pour Maurice. Ces différents projets ont été partiellement menés à bien et je m’en réjouis.» Une dizaine d’années après ses premières propositions et face aux enjeux du réchauffement climatique, à la nécessité de mettre en oeuvre, pour Maurice, une politique de développement durable et d’autonomie énergétique, Joël de Rosnay vient de proposer au PM le concept qu’il appelle : «Maurice, île durable» (Mauritius, the Sustainable Island). 

 

J’ai proposé au PM que soit organisé tous les deux ans, en commençant en 2010, le “World Ecologic Forum” (WEF Maurice), permettant d’attirer des personnalités clés à l’échelle internationale.» 

 

Le PM a décidé d’appuyer un tel projet dont il avait personnellement pris conscience au cours de ces dernières années, dans le cadre de ses efforts pour assurer un meilleur environnement à Maurice. «Il est conscient, dit Joël De Rosnay, que l’île dispose de tous les atouts nécessaires pour assurer son autonomie énergétique : le soleil, la biomasse, le vent, les chutes d’eau, les vagues, le biogaz, éventuellement la géothermie et plus tard, bien sûr, l’hydrogène produit par la biomasse.» 

 

Il se dit convaincu que le PM dispose du leadership et de la vision nécessaire pour promouvoir ce grand projet mobilisateur pour la population mauricienne, l’industrie privée, les organismes publics, les associations, ou l’université. Pour le conseiller de la Cité des Sciences de Paris, la grande question demeure : comment procéder et quels moyens mettre en oeuvre pour assurer le lancement de cet ambitieux projet pour Maurice ? 

 

«Je pense, dit-il, qu’il faut aborder ce problème sous un angle global, c’est-à-dire systémique, intégrant plusieurs approches complémentaires et interdépendantes. D’abord, on ne peut plus penser le développement énergétique du pays en termes de filières indépendantes et isolées. Chacun se bat pour sa ressource, sa filière énergétique estimée la plus efficace et capable de générer les meilleurs retours sur investissements. Par exemple, la filière bagasse / charbon pour la production d’électricité. Ou bien pour le lancement d’éoliennes, ou encore la mise en place dans les nouvelles constructions, de chauffe-eau solaires. Certes, chacune de ces approches est importante en elle-même, mais il est nécessaire de les combiner afin de disposer d’un système global de production énergétique, grâce à des éléments interdépendants, eux-mêmes liés aux économies d’énergie. Le PM l’a parfaitement compris. Il sait que les économies d’énergie permettent d’abaisser le besoin énergétique et par conséquent, de pouvoir faire appel à des énergies renouvelables combinées entre elles.» 

 

Un schéma classique d’interdépendance, qui montre, selon Joël de Rosnay, clairement, comment on peut combiner les énergies solaires directes et indirectes. Cette approche vient d’être illustrée par un article publié dans l’express du 6 novembre sous la signature d’un éminent PhD de l’université de Maurice, Khalil Elahee, souligne-t-il. 

 

Mobilisation de la population 


«Le solaire direct, c’est par exemple, le chauffage thermique pour l’eau. Le photovoltaïque se fonde sur les photopiles pour produire de l’électricité. Le solaire indirect c’est, évidemment, la biomasse résultant de la photosynthèse et, bien sûr, la canne à sucre ou des plantes à la croissance très rapide, facilement renouvelables. L’hydroélectricité provient de l’évaporation de l’eau par le soleil, créant des nuages retombant sous forme de pluie, remplissant des barrages et faisant tourner des turbines. Le vent résulte du chauffage par le soleil de masses d’air qui circulent rapidement et dont on peut capter l’énergie par des grandes éoliennes. Il convient d’ajouter à ces formes d’énergie solaire indirecte, le biogaz (méthane) résultant de la fermentation de déchets végétaux, animaux ou humains et très largement utilisés dans des pays comme la Chine pour produire de l’électricité.» 

 

Cette approche globale du développement énergétique de l’île ne pourra, selon le scientifique, se fonder sur des bases sérieuses qu’à la suite de l’établissement du bilan énergétique total de Maurice. Quels sont ses besoins en électricité, essence, charbon, chaînes alimentaires... ? Quelles sont ses ressources naturelles en termes d’énergie solaire par surface photosynthétique ? Son gisement éolien, ses réservoirs d’eau, sa biomasse disponible, l’énergie de ses vagues, ses sources géothermiques ? Quelle est la quantité exploitable de déchets rejetés par le pays dans le secteur agricole, industriel, domestique, touristique ? Déchets pouvant être valorisés par des filières adaptées, combinant la production de gaz et d’électricité. Il existe dans le monde de nombreuses entreprises «d’ingénierie système» capables d’établir des bilans énergétiques globaux, pour une ville, une île et, évidemment, un pays tout entier. Il serait nécessaire de les solliciter pour faire établir le bilan énergétique de Maurice. 

 

«N’oublions pas, dit-il, non plus qu’il serait possible de faire appel à l’expertise de certains pays. Notamment la Chine pour le biogaz, l’Allemagne et l’Espagne pour l’énergie éolienne, qui produisent respectivement 15 000 mégawatts et 11 000 mégawatts d’électricité d’éolienne, la France ou l’Italie pour les panneaux solaires photovoltaïques, Israël pour les chauffe-eau solaires…» 

 

Le grand projet «Maurice, île durable» implique, bien entendu, la sensibilisation et la mobilisation de la population mauricienne autour des ambitions du gouvernement. «C’est pourquoi, dit Joël de Rosnay, j’ai proposé la création d’un Eco-Park qui permettrait aux Mauriciens et aux touristes de visiter des expositions démontrant l’importance et le fonctionnement des moyens de production d’énergie renouvelable à partir du soleil, du vent de la biomasse, de l’hydrogène, ou du biogaz. La Cité des Sciences de la Villette pourrait aider au développement de telles expositions. Un exemple mauricien remarquable est “l’Aventure du sucre”, qui reçoit chaque année de très nombreux visiteurs. Pourquoi ne pas réaliser le même type d’expositions dans un Eco-Park dédié au développement durable et à la protection de l’environnement ?» 

 

Le PM a confirmé son intérêt pour un tel Eco-Park et sa volonté d’aller de l’avant. «Déjà, plusieurs industriels mauriciens, notamment de l’industrie sucrière et des télécommunications, suite aux conférences que j’ai données, m’ont assuré qu’ils seraient prêts à financer des éléments expositions d’un tel parc technologique, qu’ils jugent essentiel pour l’avenir énergétique du pays», a déclaré à l’express Joël De Rosnay. 

 

Il paraît également nécessaire pour de Rosnay de développer dans les écoles et les collèges une sensibilisation aux grands thèmes de l’écologie. 

 

“J’ai appris que le ministre de l’Education avait lancé un intéressant programme intitulé “Citizen Mauritius”, pour former les jeunes au civisme et à la solidarité nationale. Pourquoi ne pas amplifier ce programme sous la forme d’EcoCitizen.

 

Mauritius afin d’apprendre aux jeunes les gestes quotidiens essentiels pour économiser l’énergie et favoriser le développement durable ?» 

 

En complément de ces efforts nationaux, il lui paraît indispensable pour lancer ce grand projet à l’échelle internationale, d’organiser régulièrement à Maurice un grand symposium sur l’environnement. Il propose une sorte de «Davos de l’écologie » ou de «Grenelle international de l’environnement», dont on sait à quel point il a été un grand succès pour le président Nicolas Sarkozy. “J’avais rencontré plusieurs fois Navim Ramgoolam, au World Economic Forum à Davos, le célèbre WEF. Le gouvernement mauricien y avait présenté des expositions qui avaient attiré l’attention internationale sur les enjeux économiques et politiques du pays. Je lui ai proposé que soit organisé tous les deux ans, en commençant en 2010, le WEF Maurice, permettant d’attirer des personnalités clés à l’échelle internationale, des chefs d’Etat et des ministres venant de plusieurs pays émergents, concernés, comme Maurice, par les problèmes d’environnement, des grands industriels, des organisations non gouvernementales, des médias, des scientifiques… J’ai assuré le PM de mon concours éventuel, s’il le désirait, pour solliciter de telles personnalités à participer au WEF à Maurice dans trois ans. Il s’est déclaré intéressé par ce projet, compte tenu de sa connaissance des réunions de Davos, des contacts que l’on peut y créer et du retentissement que les programmes et projets mauriciens pourraient avoir à l’échelle internationale.”

 

Le PM peut, selon de Rosnay, utiliser le grand projet «Maurice, île durable» pour sortir «par le haut» de certains conflits qui entravent, aujourd’hui, les relations de confiance entre le privé et le public. Un tel projet mobilisateur favoriserait l’expression citoyenne, l’éducation et la formation, la création d’emplois. Il sensibiliserait le monde académique, l’université, les grands médias, journaux et chaînes de télévision. Contribuant ainsi à construire l’avenir du pays de manière solidaire et innovante.

 

Une politique «d’ouverture» 


«L’île Maurice durable» pourrait même représenter un modèle pour le monde. «En tant que Mauricien, je connais l’extraordinaire potentiel de ce pays fondé sur sa diversité ethnique, religieuse et culturelle. Je dis souvent : “Si l’île Maurice réussit, le Monde peut réussir !” Quel magnifique objectif, politique, industriel, culturel et social ! Et surtout, pour le mener à bien, des mesures simples peuvent être prises rapidement par le gouvernement pour tracer la voie vers “Maurice, île durable”. J’en veux pour preuve quelques exemples concrets. Le nombre de chauffe-eau solaires à Maurice ne dépasse pas 4 % des bâtiments. Ce qui est très faible par rapport à d’autres pays comme Israël qui a un taux élevé de chauffe-eau solaires en raison d’une politique gouvernementale obligeant chaque construction nouvelle à en installer sur les toits. Mais pour cela, il faut une subvention aux industriels produisant des chauffe-eau solaires et une détaxe fiscale pour les familles en installant sur leur toit ! Le gouvernement mauricien subventionne déjà l’utilisation du gaz (un produit non renouvelable), mais pas les chauffe-eau solaires, ce qui est pour le moins paradoxal !» 

 

Grâce à de telles politiques de subventions et de défiscalisation, liées à des programmes de sensibilisation de la population, on verra s’établir de véritables «cercle vertueux», des processus cumulatifs permettant le développement plus rapide que prévu des énergies renouvelables dans le pays. Mais il faudra aussi une coordination locale de l’ensemble du programme «Maurice, île durable». Il sera nécessaire pour l’Etat, dit le scientifique, de pratiquer une politique «d’ouverture» comme l’a fait le Président Nicolas Sarkozy en France, en confiant à des personnalités de l’opposition la rédaction d’importants rapports sur les Affaires étrangères, les institutions, la croissance économique ou en favorisant la nomination d’une personnalité de l’opposition à un poste international majeur. 

 

Il faudrait, dit-il, créer à Maurice une Task Force interministérielle ou un select committee destiné à coordonner l’ensemble du programme «Maurice, île durable». «Je pense, en particulier, pour ce rôle éminent, à des personnalités mauriciennes qui ont occupé des postes importants dans le gouvernement et qui possèdent les dimensions d’organisation et de charisme nécessaires pour mener à bien ce grand projet pour le pays. J’ai assuré le PM de mon concours pour le projet “Maurice, île durable”, dans un rôle de conseiller spécial. Je m’efforcerai de sensibiliser des industriels, de trouver des sociétés d’ingénierie système pour établir les bilans énergétiques de Maurice et d’identifier, éventuellement, des personnalités pour participer au WEF à Maurice.» 

 

Joël de Rosnay

Conseiller de la Présidence
Cité des Sciences et de l'Insdustrie – La Villette – Paris – France
Si vous utilisez ce texte, merci de citer la référence d'origine

 

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Joël de Rosnay, créateur en 1964 du Surf Club de France, soutient la Surfrider Foundation en lui reversant l'intégralité de ses bénéfices sur la vente des t-shirts Surf Club de France
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